Laura Dupra

RĂ©dactrice – Traductrice – CM

J’ai pas voulu choisir entre vitrine professionnelle et journal intime donc il y aura un peu des deux. Direction donc mon portfolio si vous voulez me proposer un travail extrĂȘmement bien rĂ©munĂ©rĂ© ou mes articles pour savoir ce qui m’anime dans la vie.

  • Bird - Andrea Arnold

    Je ne connaissais pas Andrea Arnold avant de regarder ce film donc je ne savais pas Ă  quoi m’attendre et il s’avĂšre que mon avis rejoint l’opinion gĂ©nĂ©rale. Donc aucune originalitĂ© dans ce que je vais dire mais pourquoi se priver d’un Ă©niĂšme article qui dit la mĂȘme chose sur un mĂȘme sujet ?

    J’ai adorĂ© la dimension sociale de « Bird » parce que c’est facile de tomber dans du misĂ©rabilisme, de vouloir crĂ©er de l’empathie qui se transforme en pitiĂ© et de finalement de placer le spectateur en un voyeur un peu condescendant. Ici, rien de tout ça. Les personnages sont puissants, attachants, cherchent des solutions pour se sortir d’une vie qui les malmĂšne, sont en quĂȘte de sens, de libertĂ©, d’identitĂ© dans un monde qui ne fait rien pour les aider.

    Les acteurs, mĂȘme et surtout les plus jeunes, sont hyper justes : parfois touchants dans leur vulnĂ©rabilitĂ©, parfois agaçants par leur insouciance. La cinĂ©matographie est magnifique. On passe des squats du Kent, aux prairies pleines de fleurs, Ă  la mer et ses mouettes, avec une lumiĂšre d’aube et de crĂ©puscule qui rend le tout presque onirique.

    D’ailleurs, le film part dans cette direction. On termine sur une fin fantastique, proche du conte, ce qui aurait pu me gĂȘner car jusque lĂ , le scĂ©nario, bien que marquĂ© par quelques bizarreries liĂ©es au personnage de Bird, reste trĂšs ancrĂ© dans la rĂ©alitĂ©. Mais chacun·e peut y trouver l’explication mĂ©taphorique qu’il·elle souhaite et c’est ce qui fait la beautĂ© du film selon moi.

  • Ce matin, j’ai vu un cygne mort sur les quais de SaĂŽne. On aurait dit qu’il dormait mais il faisait tĂąche dans le dĂ©cor. Il Ă©tait sur le goudron, pas dans l’eau, le cou sur son dos, les ailes un peu emmĂȘlĂ©es. Et ça m’a brisĂ© le cƓur parce que je l’avais dĂ©jĂ  vu ce cygne.

    La veille, il Ă©tait plus loin, toujours sur les quais, pas lĂ  oĂč il aurait dĂ» ĂȘtre. Il Ă©tait sĂ»rement jeune, ses plumes Ă©taient encore grises. Il Ă©tait assis prĂšs d’un vĂ©hicule garĂ©, un homme faisait du bruit Ă  cĂŽtĂ© de lui, mon chien a aboyĂ© mais il n’a pas bougĂ©, juste tournĂ© la tĂȘte dans notre direction. Je me suis demandĂ© s’il fallait que j’intervienne, que j’essaye de le remettre Ă  l’eau, que j’appelle quelqu’un. J’ai continuĂ© ma balade et au retour, il n’Ă©tait plus lĂ . Je me suis dit qu’il avait dĂ» rejoindre sa famille et je n’y ai plus pensĂ©.

    Et ce matin, c’est la premiĂšre chose que j’ai vu en descendant sur les quais, son corps sans vie dans le brouillard. J’ai pleurĂ© parce que c’est triste de voir un animal mort. AprĂšs, je me suis dit que si j’avais fait quelque chose la veille, peut-ĂȘtre qu’il aurait survĂ©cu. Et puis, j’ai rĂ©alisĂ© que ça n’avait rien Ă  voir avec le cygne en fait.

  • Je suis rentrĂ©e dans l’univers de Wendy Delorme par ce roman. J’ai commencĂ© Ă  le lire sans avoir vraiment compris de quoi il parlait, je ne sais mĂȘme pas si j’avais lu le rĂ©sumĂ©. Je croyais que c’Ă©tait un approfondissement de la thĂ©orie fĂ©ministe de la vierge ou la putain mais c’est une fiction, un roman qui raconte sa propre naissance.

    J’ai aimĂ© le style, parfois trĂšs cru (peut-ĂȘtre trop Ă  mon goĂ»t, mais c’est une question de sensibilitĂ©), avec des petites fulgurances poĂ©tiques qui rend le tout plutĂŽt beau. Je l’ai lu Ă  une pĂ©riode oĂč il m’a beaucoup parlĂ© et oĂč la colĂšre d’ĂȘtre femme rĂ©sonnait pas mal.

    Et mĂȘme si c’est clairement dit dans la prĂ©face qu’il n’est pas question d’hĂ©tĂ©rosexualitĂ© ou de parentalitĂ© et que c’est une mauvaise lecture de l’interprĂ©ter comme ça, certains passages m’ont touchĂ© parce qu’ils rĂ©sonnaient avec des bribes de mon histoire. Et je trouve que c’est une force pour ce livre justement, de rĂ©ussir Ă  faire s’identifier des profils multiples au rĂ©cit.

  • L’Amour au prĂ©sent

    Il y a des films que j’oublie une heure aprĂšs et il y a L’amour au prĂ©sent, auquel je pense encore 5 jours plus tard. Il y a des films oĂč mes larmes coulent silencieusement et il y a L’amour au prĂ©sent, oĂč j’ai eu besoin d’un bon quart d’heure aprĂšs le gĂ©nĂ©rique de fin pour arrĂȘter de pleurer. Il y a les jolies comĂ©dies romantiques et il y a L’amour au prĂ©sent, qui en est une mais pas que. Ou peut-ĂȘtre que si, mais elles ont tellement mauvaise presse que je me fais influencer en ne voulant pas le classer dans cette catĂ©gorie sous-cĂŽtĂ©e.

    Je savais, rien qu’Ă  la bande-annonce, que j’allais ĂȘtre bouleversĂ©e. Mais je m’attendais pas Ă  ressentir autant d’Ă©motions un samedi matin de janvier. L’histoire d’amour est belle, joyeuse, inspirante, sincĂšre et donne envie de (re)tomber amoureux·se. Ça fait tellement de bien de voir deux personnes qui s’aiment, simplement, en communiquant, en faisant des erreurs, en s’excusant, en riant, en partageant des moments banals comme les plus importants de leur vie.

    Andrew Garfield et Florence Pugh really sold it : on y croit, j’y ai cru en tout cas. On peut arguer qu’on est dans une fiction qui nous fait encore croire au couple idĂ©al, Ă  coups de grands gestes romantiques et de dĂ©clarations en public. Mais face Ă  tous les pseudo princes charmants qu’on nous a vendu, mettons-nous d’accord pour se dire qu’on ne mĂ©rite pas moins qu’un Tobias, qui soutient et laisse briller Almut, jusqu’au bout, mĂȘme si ça entrave ses propres rĂȘves.

    Il y a des scĂšnes drĂŽles, des scĂšnes Ă©mouvantes et des scĂšnes dĂ©vastatrices. Rien n’est surprenant en soit, c’est une histoire de vie et c’est peut-ĂȘtre ça qui rend le film aussi juste.